Question du public :
Paul Davidson a proposé de créer une Union internationale de clearing et John Eatwell a suggéré que l’on réinvente le FMI. Ne pensez-vous pas que l’on pourrait aussi interdire certains types de transaction financière, même si cela a un coût à court terme ?
Paul Davidson :
Un mot tout d’abord à propos des déséquilibres des comptes courants. Les Etats-Unis ont douze banques centrales. Un billet peut être émis par la Banque centrale de Richmond, par la Banque centrale de Philadelphie, etc. Il existe entre elles des déséquilibres de comptes courants, mais nous ne leur imposons pas pour autant des taux de change différents. Roosevelt, en instaurant l’impôt progressif, a trouvé une bien meilleure solution : les Etats excédentaires, dont le revenu augmente plus vite, payent plus d’impôts, ce qui a permis à une époque de créer des emplois dans des régions comme la vallée du Tennessee.
Rappelez-vous également des Savings & Loans. A l’origine, les Savings & Loans, comme la plupart des banques commerciales, ne desservaient que leur région, qu’elles connaissaient bien. Elles savaient à qui prêter et à qui ne pas prêter. Le système a basculé lorsqu’on leur a permis d’offrir leurs services n’importe où. La caisse de Princeton a alors pu financer un terrain de golf à Tucson, en Arizona. C’est ce qui a conduit au désastre.
Il nous faut garder cette leçon en tête et la transposer à l’échelle internationale pour penser le système financier de demain. Nous avons besoin d’un système dans lequel les frontières nationales ont un sens et où chaque pays a la responsabilité de créer le plein emploi et de faire progresser les salaires. Cela suppose de pouvoir agir sans contrainte de balance des paiements, et sans avoir à se soucier des « actifs toxiques » élaborés aux Etats-Unis ou ailleurs.
Luiz Carlos Bresser-Pereira :
Pour ma part, je ne pense pas que le FMI soit à même de réguler la finance internationale d’une manière qui soit profitable pour tous. Le FMI est contrôlé par les pays riches, et représente dans une très large mesure les intérêts de ces pays. Bref, c’est une institution qui souffre d’un évident problème de légitimité.
Question du public :
Le secteur financier représentait environ 10% du PIB dans les années 1960, il en représente environ 20% aujourd’hui. Il a de plus absorbé une part importante de notre capital humain. Et que nous a-t-il offert en retour, à la société dans son ensemble ? Que fait pour nous le secteur financier ?
Luiz Carlos Bresser-Pereira :
Que font pour nous les marchés financiers ? Je pense que le président brésilien Lula, a répondu à cette question, en disant que les finances financent la production. Mais bien sûr, il faut financer l’activité économique et non la spéculation.
Au cours des vingt dernières années, on a constaté une hausse phénoménale de la richesse. Le PIB s’est développé de façon anormale. Tout cela semblait logique, puisque les capitalistes s’enrichissaient grâce à leurs actifs. Mais les producteurs se sont-ils enrichis ? Les golden boys et les directeurs de banques se sont en tout cas bel et bien enrichis. Et c’est de l’argent bien réel qu’ils se sont mis dans les poches.
Quand on parle de régulation, il ne faut pas seulement se demander comment éviter toute crise future, il faut aussi se demander comment empêcher le secteur financier de s’emparer des ressources de l’ensemble de la société.
Traduit de l’anglais par Laurent Bury et revu par Emmanuel Fournier.
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